Michel VERCHERE sur Publibook

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L'antimonde

Quelles sont ces longues plaintes modulées qui montent dans l’obscurité de la nuit, derrière les parois opaques de la Ville Close ? Et pourquoi Neil Morrison décide-t-il de ne pas en référer à l’Autorité Supérieure lorsqu’un engin volant stationne trop longtemps au-dessus de la rocade EW127 ?
Quelque part, dans une autre galaxie, sur un planétoïde rongé par la pollution, sous la lumière blafarde d’un astre moribond, des évènements inquiétants vont dérégler le bon fonctionnement d’une société hypersophistiquée…
Mais quels choix drastiques Neil et Clara devront-ils opérer dans leur révolte contre une oligarchie toute-puissante, et que pourront-ils face à ce déni de la moindre velléité de réflexion autonome, de la moindre émotion, de la moindre volonté d’exister par soi-même en dehors de la collectivité des Concitoyens de la Ville Close ?

 


160 pages  -  ISBN : 9782342169942  -   > Commander le livre
La presse en parle

Portrait de femme.

Nonchalamment assise sur un ponton surgi de nulle part,
elle croise haut des jambes fines et ses espadrilles semblent délicatement caresser les eaux grises d'une mer infinie.
A quoi pense-t-elle parmi les nuées qui l'entourent comme écran de fumée ?
C'est une impression étrange d'irréalité.
Et, cependant, les mains, derrière le dos, s'accrochent désespérément au ponton en provenance de nulle part.
C'est comme un impossible retour vers le réel qui se dégage des couleurs sépia.
La belle emporte avec elle les quelques lignes que l'on devine au dos d'une carte,
d'une écriture parfois illisible, adressées à ce soldat du 171° régiment d'infanterie, cinquième compagnie.

Il aura juste eu le temps de recevoir la carte et de la lire avant de monter au front.
Peut-être va-t-il mourir au champ d'honneur ?
Peut-être lors de cette horrible boucherie qui se prépare en ce mois d'avril 1917 ?

Oui, il l'avait là, dans sa poche, sur son coeur qui battait à se rompre,
encore enivré du mauvais vin qu'on leur avait servi pour les faire monter à l'assaut.
Il l'avait là, sur son coeur, quand il a fixé la baïonnette au bout du canon.
Il avait passé la nuit à chercher son odeur sur le papier sépia, et, dans ses yeux hagards,
hurlant à la mort pour se donner du courage au moment de sauter dans la tranchée allemande,
il ne voyait qu'elle :

Ce regard de côté, tendrement adressé vers on ne sait quoi au ras des flots d'où montent les nuées grises ,
de ces flots dont elle sait déjà qu'il ne reviendra pas...
Et lui, il entend le clapotis des vagues qui la bercent, comme surgi des fumées âcres de la poudre à canon.

Elle, c'est Louise, Louise qui, jusqu'au bout de l'horreur, lui adresse ses meilleurs baisers, comme pour le rassurer.
Louise, dont le chapeau de midinette vient de tomber à l'eau au moment même où,
dans une gerbe fulgurante, dans un bruit étourdissant, il voit une tâche rouge lui noyer la poitrine :
Soldat mort pour la France.

Elle s'appelait Louise, et lui Pétrus, ou Claudius, ou Marius, peu importe.
C'est l'image de la Louise qu'il l'aurait aimée, de la Louise qui l'aurait aimé
si la France ne l'avait pas appelé en ce 2 août 1914.

Qu'il aurait aimé s'il avait suivi d'autres chemins que celui des Dames,
et il garderait encore, par devers lui, ce beau portrait de femme.

Michel VERCHERE
Posté le 02/04/2013 14:50:45 Réaagissez à cet article
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